Depuis plus d'un an que je suis en Ardèche, j'ai cherché partout des informations pour l'entretien des châtaigniers. La plupart ici sont malades, voir moribons, et le savoir faire pour les entretenir semble s'être perdu... la sur-explotation ayant pris le dessus.
Ce matin, je croise un voisin qui se met à parler des châtaigniers, et là, l'info arrive toute seule: il faut tailler les repousses aux pieds, pour qu'ils restent vigoureux. Cela me semble plausible et comme un signe, alors cet aprem, je m'y suis collée (il y en a en tout 7, y'a du boulot...).
Le premier qui attire mon attention, est le plus proche de la maison: il est carrement vrillé et contortionné au niveau du troncs à force de ne pas trouver dans quelle direction aller. Les anciens propriétaires avaient en plus pris une mesure radicale pour le 'sauver': il lui ont coupé la tête!
Comme à mon habitude, je suis interdite de tout matériel électrique pour tout ce qui est bricolage et jardinage: ça fait trop de bruit et j'ai besoin de calme. Et en plus, comme je suis maladroite, je préfère largement me faire une entaille plutôt que me couper une main ;-)
Alors me voici au pied de cet arbre, ma scie et mon coupe-branche à la main. Et je commence le travail.
Au fur et à mesure que je coupe, se crée à son pied un creux, dans lequel je vois bien un futur jeu pour enfant.
Rien de plus, j'interroge si tout va bien, et pas de réponse... le chêne qui pousse à son pied et qui pose un autre conflit doit lui rester pour l'instant.
Deuxième châtaignier, celui là est lui aussi vrillé et sans tête. Et je coupe coupe coupe... là, c'est un superbe siège qui apparait, et je me vois très bien venir m'y installer.
Il y a un composte que je n'utilise pas (j'ai des poules!), je l'enlève au grand damne d'une maman souris qui détalle en oubliant un de ses petits... l'ensemble finissant par aller dans un trou du châtaignier. Dérangée par le fait d'avoir délogée la petite famille, je fais une pause afin de les laisser se calmer et se retrouver. Puis, j'y retourne.
Coupe coupe coupe, bonjour le doute qui arrive... est ce que c'est vraiment bien pour l'arbre?
Petite diffusion, et je me rappelle que cet arbre parle.
je me met à son pied, et tout en continuant à tailler, je tappe la discute avec lui.
- Alors ça va?
- Pas mal!
- Chais pas si ça te fais du bien, mais je pense que c'est tout de même bon pour toi...
- Dans la nature on n'en a pas besoin. Disons que c'est bon pour tout les deux.
- C'est bien pour ça que je m'interroge... t'en dis quoi? Après tout c'est une partie de toi...
- Les humains sont bien tous ainsi ;-)
- Bon, je continue, mais là faut que je nettoie toute la terre qui s'est accumulée sur toi.
- Non, ne va pas trop loin, j'ai des amis ici, il faut leur laisser le temps de partir, la pluie le fera bien elle même, avec le temps.
- Ben t'as des nouveaux amis, une famille entière de souris ;-)
- J'aime pas les souris ;-)
- Je t'envois mes chats?
- Ils ne m'aiment pas: ils n'arrivent pas à grimper sur moi ;-)
- Ben dis donc, je ne serai pas en train de m'inventer des histoires? c'est bien à toi que je parle?
- Pourquoi, c'est pas pareil? ;-)
- ...
- Que ce soit à moi ou à toi que tu parles, n'y prends tu pas du plaisir?
- Oui
- Alors quelle importance :-)
Et voilà, on y est.
Je finis mon travail, continuant ma petite discussion: rien de négatif, beaucoup d'humour, les réponses qui viennent me semblent à la fois absurdes et logiques: j'en conclu que tout est normal ;-)
Je dis aurevoir à l'arbre, je m'éloigne et le regarde: on le voit bien maintenant, et malgrés son manque de tête et de branches, son air vrillé, il est beau, magique même: il est devenu lumineux, mais je ne sais pas si c'est parce que je (nous) ai nettoyé, ou parce qu'il est tout simplement content que je me sois occupé de lui.
Peu importe, les deux mon capitaine ;-)
Ce soir, en préparant la cheminée, je suis allée vider le seau remplit de cendre au pied du premier arbre: acte rapide et sans réfléchir. Puis je me dis: zut, est ce que j'ai bien fait?
Je me suis fait remonter les bretelles: à force de trop réfléchir, on en oublie d'agir. Ce geste anodin est trop bien en place pour le remettre en question, faut parfois savoir se faire confiance :-)
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Le nettoyage de l'arbre et de moi même: le châtaignier est l'arbre du passé.
J'ai tout simplement coupé des branches du passé que nous continuons à entretenir alors que ce n'est que de l'énergie employée à maintenir des structures qui ne servent plus à rien, si ce n'est à
s'empêcher d'être vus et lumineux. Une idée même que certaines de ces branches ne nous appartiennent pas (racines/ ancêtres), tout en ayant l'idée d'accepter de voir ses racines (les vraies),
mais de ne pas en faire un gros borbel: nous devons avoir ces racines, mais seuls nous devons y pousser dessus, accepeter l'être unique que nous sommes.
Anodin non??? ;-)